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Pourquoi les bols?

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Parce que...
Parce que j'aime la terre qui les a façonnés
Parce que … tourner, émailler, cuire…

Parce que j'aime le raku et les haïkus.
Parce qu'ils chantent sous la main du musicien.

Parce que j'y retrouve toute la problématique de la sculpture.
Parce qu'à un vide doit répondre une courbe.
Parce qu'ils sont objets de méditation.

Parce qu'ils sont modestes.
Parce qu'ils sont dans toutes les civilisations.
Parce qu'ils sont liés à l'idée de partage et d'accueil.
Parce que j'aime les gestes qui leur sont associés.

Parce que la lumière leur tourne autour.
Parce que leurs courbes jouent avec la couleur.
Parce que leurs fêlures peuvent être recouvertes d'or.

Parce que ma peinture a besoin d'un sujet.
Parce que le sujet-bol s'efface derrière le sens,
Parce qu'il me permet de ressentir, de réfléchir sans s'imposer.

                                       AMDB 2005

 

Bolographie et affleurements...


Bolographie et affleurements...

L'année dernière, en découvrant le début du travail qu'Anne-Marie Donaint-Bonave appelle "la bolographie", je me suis souvenue d'un ancien passage dans son atelier, elle décorait alors une série cylindres. Le décor ressemblait à un texte mais impossible de lire: les lettres étaient imaginaires !
Ce goût du graphisme et de l'écriture ne pouvait que l'amener à inventer pour son objet favori, une sorte d'idéogramme, signe épuré du dessin de bol mille fois répété. Ascèse de la répétition, concentration du sens, toute la symbolique de l'objet se trouve ainsi suggérée par cet unique tracé, forme essentielle et méditative qui pourrait s'apparenter au cercle zen .
Dans la dernière série "affleurements", le signe bol semble remonter d'une couche archéologique, mais à regarder de plus près ne s'enfonce-t-il pas dans le temps ? affleurement ou enfouissement ? sans répondre à l'interrogation, l'artiste nous dit qu'elle souhaite ces niveaux de lecture comme le résultat de temps superposés ...
Ecriture d'enfouissement, écriture de découverte... lien évident, là aussi, avec ses travaux antérieurs de la série "dévoiler n'est pas révéler" où les radios  médicales et les transparences troublaient notre lecture pour mieux l'enrichir.
Mais " le pinceau danse " dit-elle, et l'on sent, dans les grandes toiles, la liberté des variations, le plaisir du corps qui accompagne le  pinceau et la gourmandise de jouer avec des couleurs de jardin d'été. Car la lumière est là. La palette s'est cette fois-ci fruitée, élargissant avec bonheur la gamme des gris et des bruns qui sont la marque des terres cuites enfumées.
Et puis, comment ne pas parler de l'humour qui préside à la mise en case comme si, une fois pour toutes, AMDB voulait savoir ses bols bien rangés,  "casés",  histoire de les garder à l'oeil. Et d'aller voir ailleurs ?

                                                                                                             Mina Daux
                                                                                                            Angers juillet  2010


Ah ! les bols...

Ah ! les bols ...

.../ "J'aime visiter les musées archéologiques, où qu'ils soient.....la visite commence toujours par des silex,qu'il s'agisse des Germains, des Coréens, des Aztèques ou des Kirghiz, chaque fois on trouve ces mêmes vitrines plus ou moins poussiéreuses, avec des fragments taillés ou des coquillages gravés, une date inconcevable étant indiquée à coté :  tant de milliers d'années avant Jésus-Christ. J'aime regarder ces fragments de pierre dans les vitrines, parce que je sais que jamais je ne les reconnaîtrais si j'en croisais sur un chemin jonché de coquillages ou un sentier recouvert de graviers et de cailloux.
 C'est encore pire pour les bols.
Après les silex et premières haches, viennent le plus souvent les bols. On se retrouve devant un bol coréen, trois mille ans avant Jésus-Christ, et je suis certain que je n'en aurais pas donné plus de vingt euros au marché aux puces d'Amsterdam. Pendant le reste de ma vie, le bol serait posé chez moi sur mon bureau jusqu'à ce qu'un spécialiste entre dans la pièce et me dise : " Sais-tu ce que tu as là ?" .                                                                                                         
 /..........   On ne peut imaginer le moment, dans quelque culture que ce soit, où le bol n'était pas encore là. Comment boire autrement ? Qui l'a inventé ? ou bien s'est-il inventé lui-même en apparaissant dans la nature ? un grand coquillage? ou une main creusée, avec laquelle on puise de l'eau dans une mare ou un ruisseau ? Quelqu'un a un jour découvert que l'on peut tailler un bol dans une grande pierre, tout comme une autre personne, dont nous ne connaîtrons jamais le nom, a modelé à l'aide de ses mains, pour la première fois, un bol avec l'argile et l'a ensuite fait sécher à la chaleur du soleil ou dans un four.
 Le premier bol, est-ce de la culture, ou commence-t-elle seulement quand les premières entailles y sont creusées? Est-ce que l'art a commencé par là ? Le bond entre le tout premier bol en argile sans décor et le suivant, qui présente quelque dessins géométriques sur le bord, n'est-il pas plus grand que celui qui part de là pour aller vers tout ce que l'on peut voir dans les prochaines salles ?
Mais restons-en pour l'instant au bol. Un creux de pierre, d'argile,d'étain, d'or, de porcelaine. Un objet fermé en bas et ouvert en haut, où l'on peut verser une boisson,sacrée ou non, curative ou non, enivrante ou non, mortelle ou non. Pas une  culture qui n'ait commencé par là. Le Graal fut le calice dans lequel le Christ but, le soir de sa mort. Socrate fut contraint de boire la ciguë. Et lors de le cérémonie du thé des bouddhistes zen, les bols, parfois vieux de plusieurs siècles, ont des noms aussi célèbres que ceux de leurs fabricants morts depuis longtemps. Dans le Pacifique, on fait passer le kava dans des bols ou dans des coques de noix de coco en signe d'amitié et de fraternisation.
L'effet que produit sur moi le bol est le même que l'impression provoquée sur Heidegger par la prochaine phase, le pichet, la cruche,objet ventru se rétrécissant un peu vers le haut et où l'on peut conserver de l'huile, de l'eau ou du vin. C'est la prochaine étape, la salle suivante.....".

Cees Nooteboom
"Culture quelle histoire ?" Le Monde, supplément d'avril 2009.